
Je m’appelle Salamandre. J’ai grandi dans un petit dūnon de l’Empire Celtique, non loin de la mer. Être une fille ne prive les Gauloises d’aucun droit, aussi ai-je appris à tirer à l’arc et à chasser. Je nourrissais mon village et j’étais heureuse.
Depuis la révolution mondiale ayant redonné un second souffle à la Terre et ramené les créatures magiques parmi nous, de nombreux enfants développent des pouvoirs mineurs. Pourtant, je n’ai jamais parlé du mien, qui me dévoile en rêve les époques passées. Je sentais qu’il n’a rien d’ordinaire. Puis, avant mes quinze ans, il a pris une autre tournure en me permettant de rencontrer Belisama, la déesse protectrice que m’ont attribuée les druides. Sur son commandement, je me suis rendue à Cape Town – le bout du monde, surtout au vu de ce que j’ai vécu en chemin – afin de découvrir la vérité sur mes origines.
Après quelque temps, mon père véritable m’a confié une mission. Un renégat de notre peuple, surnommé le Paria, était sur le point de se libérer de sa prison et de répandre sa rage sur Terre. Pour l’enfermer à nouveau, j’ai donc parcouru les dix Empires et rassemblé de puissants artefacts magiques. Au passage, j’ai pu réunir mes demi-frères et demi-sœurs, les neuf enfants du Feu, nés dans la contrée de leur mère.
Je pensais cesser là mes aventures mais, deux ans plus tard, l’avenir s’est assombri. Outre les Gardiens, l’équilibre du monde repose sur diverses entités anciennes, comme les Hauts Esprits. Or celui de la Lumière, Titania « la Grande Reine des Fées », avait été attaqué par l’un des douze Rois des Démons et ses gemmes de pouvoir dispersées. Afin de tirer la Reine de son coma, j’ai dû les réunir durant un nouveau voyage et, ce faisant, j’ai rencontré des cousins Sang-Mêlé. Leur aide fut précieuse, car des diables subalternes tentaient de récupérer les Joyaux pour leur sinistre souverain.
Enfin, nous avons mené la bataille contre ce vil monarque, le Maître du Cauchemar. Je l’ai détruit à jamais, au prix de mon existence. En récompense pour mon courage, Titania m’a ressuscitée en tant que demi-fée et demi-Gardienne. Ce n’est donc pas une morte qui prend la plume. Toute mon enfance, j’ai eu un avenir déterminé : suivre les traces de ma mère, demeurer humble villageoise. C’était mon devoir et j’ai cru que je pourrais m’en contenter. Plus maintenant.
C’est la bénédiction, ou le fléau, de ceux qui quittent leur berceau : un monde plus grand, des ambitions qui le sont tout autant. Je me sentais étriquée dans mon quotidien ; j’ai embrassé une vie autrement plus enrichissante. Et éprouvante. Durant les vingt années suivant ma résurrection, mon histoire a été rythmée de voyages extraordinaires. Qui ont rempli bon nombre de carnets.
