Les multiples fins des Sept Reliques

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Écrire une palpitante quête est une chose complexe, mais bien la terminer fut sans doute le plus grand défi auquel Les Sept Reliques me confrontèrent.

Inventer des villages, des combats, des monstres, des sortilèges, des sociétés… Tout cela, c’est bien. J’aurais pu en faire le double ! Cependant, si déchirant que cela puisse être, il faut aussi savoir en finir et dire « au revoir » à des personnages qui nous ont fait vibrer.

Sept tomes, c’est déjà long. J’ai pris le temps de poser l’évolution de Cordélia, avec des étapes-clés, elle est maintenant une héroïne accomplie et nous pouvons refermer ce chapitre de sa vie. Oui, mais comment ?

Le gros point d’interrogation concerna son orientation amoureuse. J’ai voulu, dès le début, lui offrir deux choix (et pas entre deux beaux mâles, engagés dans un banal triangle amoureux). Concernant l’objectif, en revanche, j’ai été très indécis. Parce qu’elle manquait de maturité, la question pouvait être reportée un certain temps.

Le tome 4 constitue son « essai » avec Liam, à réitérer ou non en fonction de ses choix. Il était censé y en avoir un avec Amber, puis elle devait trancher, mais je me suis ravisé. En arrivant à la fin du tome 5 sans avoir eu l’occasion de le placer, il m’est apparu comme une évidence qu’il fallait oser scénariser une relation homosexuelle (le public, ayant vu se profiler cette hypothèse, avait bien réagi jusque-là).

Le tome 6 est consacré au développement de cet amour, mais le dernier opus place un second dilemme à propos de sa pérennité. Il était inenvisageable qu’Amber reste en Alkymia… J’ai dû choisir entre une fin très idéalisée (Cordélia la suit) ou quelque chose, doux-amer, de plus réaliste : Amber est le premier amour de Cordélia, celui qui lui permet de découvrir sa nature, mais pas son grand Amour au A majuscule et la jeune héroïne doit lui dire adieu, demeurant dans son monde pour l’aider à se reconstruire.

Une alternative vraiment très tentante, qu’une part de moi regrettera toujours, mais j’aime trop les fins heureuses pour commettre une telle trahison envers mes lecteurs ! En outre, si j’avais pensé écrire pour des adolescents confirmés, j’ai bien noté au fil du projet (et des rencontres avec mes clients lors de salons) que la série plaisait à un large public dès 11-12 ans, or ce lectorat-ci n’aurait pas su apprécier cette fin à sa juste valeur.

L’autre élément demandant d’être anticipé concernait Entropia. Dès le début de l’histoire, on évoque la possibilité de renforcer sa prison, de sorte qu’il ne se libère jamais et que la menace soit repoussée. Cela sonnait un peu creux, manquait de panache, j’ai vite voulu qu’il sorte de son trou pour un combat. Et celui-ci a connu plusieurs versions…

D’abord, la possibilité qu’il soit affaibli puis enfermé de nouveau, rapidement écartée (je ne manœuvre pas de simples sabreurs incultes du surnaturel, mes personnages sont trop « magiques » pour cette moitié de solution). Puis, comme Entropia n’a tout de même pas une bonne réputation tout au fil de la série (il passait pour un faible), un combat rapide où même les héros se disent « Oh, ce n’était pas si terrible ! » Ce qui aurait décrédibilisé totalement la série, car ils auraient fait de nombreux efforts pour pas grand-chose.

Est arrivée alors l’option que vous connaissez désormais : un bon gros affrontement épique, en plusieurs phases, permettant à chacun de briller (et utilisant chaque Relique). Tout cela est passé par un grand nombre de réécritures !

Pour redorer le blason de mon méchant, en faire une pointure du monde infernal, j’ai enfin voulu que la force des protagonistes n’y suffise pas, qu’il leur faille des alliés (le double axe démons des Péchés/Dragon Cristallin). Ce qui m’a obligé à apporter des changements sur le tome 4, alors en cours d’écriture, pour intégrer cette quête secondaire.
Le reste s’est construit autour : l’intervention de forces extérieures (les différentes épreuves pour avancer dans le Grand Sanctuaire) afin d’exploiter la Couronne Éthérée, restée sans usage sinon ; la guerre en amont pour valoriser les contacts établis avec les héros, magiciens ou souverains mortels au fil du voyage (et parce que j’avais très envie d’inventer, moi aussi, une scène de bataille légendaire…)

Puisque j’ai fait paraître le dernier tome, j’estime avoir fait de mon mieux, ne pas pouvoir donner une fin plus satisfaisante à ce périple qui m’aura occupé durant pas mal d’années. Avec toujours la crainte de cliver, ou d’en faire trop, mais vos retours m’ont rassuré : je peux être fier de mon travail !