À la découverte de l’Énigma

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Le septième continent alkymien, terre mystérieuse entourée de hautes falaises où aucun marin n’a accosté depuis plus de mille ans à cause d’un « rempart » de tornades qui se forme sur la bien-nommée Mer Interdite, dont les géographes ont simplement esquissé le trait de côte aperçu dans une longue-vue. La carte qui vous est fournie, exclusive, vient donc de ses habitants : les dieux représentant les forces naturelles (végétales, aquatiques, telluriques, chtoniennes…) ainsi que leurs serviteurs de nombreuses races.

À l’inverse des autres îles de ce monde, il ne s’y trouve pas de duchés couvrant plusieurs environnements, d’emblèmes, de Voies magiques, d’économie, pas même d’histoire – les divinités détestent le changement et maintiennent une poigne de fer sur l’administration de leurs contrées. Chaque région naturelle a été dessinée par un dieu majeur, pour répondre à ses besoins et à ceux de ses descendants, et constituent donc un territoire souverain.

Bosquet Bigarré

Ce domaine modeste, tassé sur la péninsule australe de l’Énigma, appartient aux dieux fluviaux et de leurs cousins, patrons des plantes agricoles, secondés par naïades et dryades. Cèdres, cyprès, genévriers et autres conifères y côtoient des feuillus dans une forêt mixte (d’inspiration nord-américaine) avec une belle gamme de couleurs, lui donnant son qualificatif. Le polatouche bigarré est d’ailleurs un rongeur local, dont le pelage semblable à un patchwork s’est adapté pour mieux se fondre dans cette diversité et échapper ainsi à ses prédateurs (le massif lynx énigméen, le tigre de marais possédant une griffe toxique, le pygargue auroral…)

Ce bois reçoit la pluie presque tous les jours, sous l’action des divinités ou de la nature, et est traversé par quatre torrents dont les jeunes dieux polissons causent beaucoup de grabuge. Ils sont sous l’autorité très relative de Pantéa, grande déesse de l’Eau douce siégeant à Trois-Rivières. Le cap surplombe aussi la Rade du Bout du Monde et son phare, témoignant d’anciens contacts entre les dieux et les peuples mortels à l’époque du Temps Jadis, avant leur politique de repli.

Nobleterre

Une immense steppe de graminées et d’arbrisseaux résistants, pourvue d’une sol rocheux et exposée aux vents froids du nord, qui fait la joie des dieux de la faune. Sa capitale est Belbeth et leur seigneur Ier Ol – qui s’y trouve rarement, préférant son domaine céleste, grâce à son métissage entre les deux lignées divines. Elle est le refuge de nombreux oiseaux, comme l’oie des toundras et le harfang à frange bleue, mais on y trouve aussi des meutes de loup royaux au poil duveteux et de takhs nobiliaires (petits chevaux sauvages).

En effet, mieux vaut savoir voler. Ou courir, c’est pourquoi les dieux sont assistés par des tribus matriarcales de centaures. Les villages sont occupés par les enfants d’Ier Ol, représentant les grandes familles d’animaux terrestres ou volants, et par leur descendance incarnant tout animal important pour un peuple de l’Alkymia, au cas par cas (par exemple : le cheval, cher aux Eesels). Parce que la steppe est constellée d’étangs, elle loge aussi les déités des animaux d’eau douce, issus de Manjodon.

Rives Ancestrales

Dans la continuité de la Nobleterre se trouve cette zone bordée de collines, dont seules les falaises sont habitées. Il s’agit du territoire des dieux marins (responsables des marées et des vagues, des courants, des nuages, des animaux et des plantes océaniques), une assemblée d’asociaux sous la présidence du rude Manjodon. Ils sont servis par les néréides.

Ils organisent en permanence des patrouilles en Mer Interdite, chevauchant épaulards chasseurs ou phoques constellés, pour s’assurer qu’aucun navire n’échappe aux tornades… et que nul marin ne survive au naufrage ! D’autant plus que ce territoire commence avec l’unique plage de sable de toute l’Enigma, et que les parois qui la surplombent sont plus petites et plus douces qu’ailleurs, il serait donc envisageable de les escalader.

Friche Sacrée

Barrant presque la totalité de l’Enigma, cette dense plantation de conifères est le repaire des dieux forestiers et de leur seigneur Arbéon, qui gouverne l’ensemble du continent durant le printemps (dont il est l’émissaire) et l’été, dont le cerf alyn est l’emblème. À l’instar des déités animales, toute plante ayant un intérêt économique, rituel ou médicinal pour les royaumes et les duchés alkymiens possède son dieu tutélaire, qui loge dans les villages de la taïga.

Si la capitale est Roncesainte, Arbéon délègue aussi une partie de son autorité à sa sœur Carpelo (maîtresse de la Flore) et autorise les jeunes divinités en quête d’indépendance à monter un camp sauvage à Durbuis… très loin de lui ! En plus des dryades, les communautés de la forêt abritent des brownies, les lutins artisans, si bien que les maisons y sont perchées dans les frondaisons d’arbres vénérables.

Prairies Venteuses

La Nobleterre, en pire. Même les dieux se détournent de cette série de plateaux balayées par de terribles rafales, qui les érodent en vallons offrant un abri salutaire. Ils sont habités par Syla, reine du Ciel, et ses huit enfants responsables des grands vents cardinaux ; à l’évidence, ceux-ci n’ont pas souhaité accueillir leurs cousins lors de visites de plaisance ! Uranides – les nymphes atmosphériques – et hommes-oiseaux y vivent aux côtés de ces austères seigneurs.

Pourtant, la vie y trouve sa place : un renard volant grâce à un patagium, le renne du Grand Nord, le lièvre septentrional ou encore l’hémione d’Énigma parviennent à résister aux écarts de température, à trouver de quoi manger. En outre, un bosquet de conifères trouble la monotonie du paysage : invoqué par la divinité originelle, Moïra, il abrite un étrange sanctuaire où seule l’enfant-étoile pourra pénétrer…

Monts Ardents

Un petit territoire, assez méconnu, dans le nord-ouest de l’Énigma. Cette péninsule de volcans fumants abrite toutes les divinités dont les activités sont liées au sous-sol (thermales, minières, etc.) Elles y séjournent à temps partiel, rendant aussi visite à leur aïeule Kana, grande déesse de l’Inframonde. Ne pouvant délaisser ce royaume, celle-ci a laissé la gouvernance de Fumebourg – l’unique ville de la contrée – à sa fille Vesbolia.

En l’absence de déités, les lampades et les sulfurides (nymphes respectivement des enfers et du feu) s’occupent de cet environnement hostile où ne vivent que des créatures ultra-adaptées. Beaucoup d’insectes, quelques oiseaux comme le flammant, des arbres tels l’acacia fruit-de-forge…

Chaîne Boréale

Immense cordillère encore plus haute, froide et hostile que toutes les cimes de l’Altéa. La vie y est quasiment impossible pour quiconque possède de la chair ; c’est le foyer d’esprits et, bien entendu, des dieux montagnards ou liés aux phénomènes glaciaires (servis par les nymphes rocheuses, les oréades). Jadis gouvernée par le colérique Olyas, il en a ensuite cédé les rênes à la reine de l’Hiver, sa fille Reska, qui dirige l’Énigma durant l’automne puis sa saison emblématique. Il est irréaliste de la traverser à pied !

Néanmoins, on trouve un passage sous les sommets, au sein des contreforts de la chaîne – un paradis des lichens. Celui-ci débouche dans une série de grottes ornées de peintures rupestres ; en effet, elles furent le premier foyer des Alkymiens, à une époque lointaine où leur monde était encore trop sauvage pour être habité et où les démons primitifs le parcouraient librement. Il fallut attendre l’arrivée de Moïra et de ses enfants pour y remettre de l’ordre, leur permettant de quitter ce berceau où les premières races cohabitaient en harmonie.

Toundra des Mégalithes

Pendant des dizaines de milliers d’années, le nord-est de l’Enigma était une partie de la Chaîne Boréale. Puis, après avoir vaincu Entropia et édicté sa prophétie concernant l’enfant-étoile, Moïra y a fait s’écraser (au sein d’une énorme météorite) un bâtiment de son royaume divin : le Hall des Cieux. Des montagnes, la région est devenue une plaine rase, hérissée seulement des vestiges de l’astéroïde. Elle plonge dans la Mer des Confins par une série de falaises déchiquetées : le continent se poursuivait encore par-là, autrefois, mais cette section s’est effondrée lors de l’impact.

Paradoxalement, la barrière naturelle formée par les cimes lui permet d’être bien arrosée et donc plus fertile que les autres steppes énigméennes. Les herbes drues et les petits lacs font le bonheur du lemming lithique, de l’élanion pêcheur, du tarpan de la désolation. Et de l’unique dieu (au psychisme instable) qui habite ce paysage, le défendant contre tous les visiteurs, y compris ses descendants : Kendayo, incarnation de la Terre. Il y demeurera en ermite jusqu’à ce que la plaine perde son caractère sacré, quand l’enfant-étoile viendra réclamer son héritage.