Le temps est un élément récurrent dans les aventures de Salamandre. Capable de voir le passé dans ses rêves, elle est l’une des seules personnes de son époque à connaître les civilisations l’ayant précédée, avec leurs merveilles et leurs barbaries. Un savoir qu’elle complètera par d’abondantes lectures, dès qu’elle aura accès à la bibliothèque des Gardiens.
Détentrice des secrets d’autrefois, elle reste pourtant un personne optimiste résolument tournée vers l’avenir, comme en atteste son rêve (devenu réalité) d’une cité multiculturelle où chacun serait accueilli pour ce qu’il a offrir.
Mais l’incontournable dans la vie de Salamandre, à son grand dam, c’est la mort. Salamandre est le plus « spirituel » de mes personnages. Par les rêves, par l’étude, puis par la méditation. Elle a débuté ce travail sur elle-même entre les tomes 2 et 3, ce qui lui a permis d’élargir ses pouvoirs. Plusieurs épreuves dans la quête des Joyaux, notamment le test des maîtres de Shangri-La ou le Spéos de l’Ascension (qui lui fait traverser en douze heures toutes les étapes d’une vie), approfondissent cette introspection. C’est aussi à Shangri-La qu’elle rencontra sa « part sombre » et appris à ne plus brider ses envies.
Quel rapport avec la mort ? À mon sens, les multiples fois où elle a frôlé la barrière du trépas l’ont aidée à affiner sa conscience mystique, à s’ouvrir à ce qui n’appartient pas à sa réalité et à se détacher d’éventuelles entraves matérielles. Elle s’est retrouvée trois fois en situation de mort imminente : en interrompant le rituel du Chat au Japon puis en affrontant Athéna et son Égide qui renvoie les sortilèges, durant sa Quête ; et en défiant la Lumière Destructrice dans l’Himalaya, deux ans plus tard.
À cela s’ajoutent des blessures graves qui, sans un prompt soutien, auraient pu devenir fatales : dans le temple de Quilla, l’une de ses premières épreuves ; en exécutant son premier Bannissement sur Mami Wata ; en recevant un éclat de Chaos, en Égypte. Et, sur la toute fin, à cause d’une frappe fourbe du Maître du Cauchemar (qui, exceptionnellement, n’a donné lieu à aucune expérience mystique).
Son rapport à la mort emploie d’autres biais, plus discrets : l’évasion des catacombes de Paris en marchant sur la frontière entre le monde des vivants et celui des défunts, sur les traces d’une dame blanche ; sa collaboration forcée avec Baron Samedi, créateur des zombies, au fin fond du bayou de Louisiane ; enfin la rencontre avec le fantôme de sa mère biologique. Autant d’expériences transcendantales pour la jeune Salamandre.
L’apothéose de tout cela reste, bien sûr, la fois où elle est réellement morte. Sacrifiée puis ressuscitée pour venir à bout d’un Roi des Démons ! Ce bref passage de l’autre côté lui a permis de se libérer de ses dernières hésitations et de réaliser son projet utopiste qu’est Agora.

