Lucius et Enora : Lupus ex machina !

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Parmi les armes et les outils des écrivains, il y en a un sur lequel les avis sont très tranchés. L’IA ? Pire : le deus ex machina !

Principe existant depuis les tragédies antiques, il s’agit de l’emploi inopiné d’un élément surnaturel pour redresser une situation mal partie. L’un des plus fameux concerne Don Juan, qui échappe à la justice des hommes, mais est emmené en Enfer par la statue du Commandeur. Autre exemple : quand des aigles géants ramassent un magicien au sommet d’une tour, ou deux Hobbits sur le point de rôtir au magma.

C’est un outil puissant dont l’usage doit se faire avec parcimonie. En effet, en l’utilisant à tout bout de champ, on casse totalement le scénario, on empêche tout suspens. Du vivant de Tolkien, quelqu’un lui a demandé pourquoi les aigles n’emportaient l’Anneau en Mordor, par facilité, et il a admis y avoir pensé… mais, en acceptant cela, il n’y avait plus d’histoire à raconter !

Avec les Sept Reliques, j’introduis les parents de Cordélia, ressuscités en anges à corps de loup pour la guider. Enora et Lucius vous présentent : le lupus ex machina !

D’emblée, leurs apparitions sont cadrées : elles ne peuvent pas durer trop longtemps, se produisent seulement quand les dieux (paresseux et se sentant assez peu concernés par le voyage de leur élue) y consentent… Après plusieurs itérations durant le premier opus, pour mettre leur fille sur les rails, les interventions de ces deux protecteurs se font de plus en plus rares au fil des tomes, jusqu’à cesser totalement.

En effet, Cordélia s’entoure peu à peu de compagnons qui lui apportent leurs talents, et elle-même développe ses compétences ainsi que sa personnalité. Elle n’a plus besoin que des anges combattent à sa place, la surveillent la nuit ou la guident quand elle se trompe de route, elle assume ses erreurs et les transforme en force, elle compte sur ses partenaires pour combler ses lacunes.

C’est, je pense, l’un des messages que doivent véhiculer tous les bons héros des épopées fantasy : parvenir à prendre en main leur destin, à s’affranchir de la tutelle des dieux ou des rois, en travaillant de concert. L’autonomie pour un collectif, qui viendra ensuite inspirer le reste de la société.
Parce qu’à notre échelle à tous, nous pouvons collaborer pour résoudre nos problèmes, au lieu d’attendre que la solution tombe du ciel (et des gouvernements, ce qui est encore moins probable) !